article : "La faillite de l'école?"

 

Depuis sa création et non sans difficultés, l'école n’a cessé de s’ouvrir, d’accueillir, d’enseigner, d’éduquer des générations de populations de plus en plus hétérogènes que ce soit en termes socio-économiques, ethniques, de territoires, d’âges, de problématiques sociales, de handicaps et d’idéologies. L'école mais aussi les parents attendent et exigent des enseignants dont la formation sur les plans pédagogique et relationnel est restée étonnamment pauvre, qu’ils garantissent la transmission programmée, de plus en plus contraignante, de connaissances à tous.

 

Alors oui l’école et les enseignants n’y parviennent que partiellement et peuvent reconstruire des « homogènes » (par classe, par établissement, par territoire, par filière et cursus), reproduisant ainsi les inégalités qu’ils sont sensés limiter voire transformer.

 

Oui l’école et les enseignants peuvent faire preuve, dans des intensités variées, d’une rigidité et de violences (mépris, humiliation, discrimination, abandon, exclusion, culpabilisation) face aux publics qui les inquiètent (cet enfant qui face à la transmission programmée n’apprend pas assez vite à lire), leur font peur ou leur font violence (ces enfants qui chahutent, bousculent, discréditent leur autorité, les contenus et la vie scolaires).

 

Oui, les enseignants et le corps administratif de l’école ont globalement maintenu cette dernière à l’état de forteresse, méfiants dans leurs relations au reste de la communauté éducative (parents, associations, professionnels de l’éducation spécialisée, entreprises).

 

Mais l’école et les enseignants ne sauraient seuls remédier aux crises que nous traversons (du sens, du travail, de l’autorité, de la famille, des liens, telles que les nomme C. Rojzman) et relever les défis de notre démocratie. Il n’y aura de perspectives durables pour notre école et ses enseignants, et donc pour ses élèves, nos enfants, sans valorisation et apprentissage du travail collectif, du dialogue conflictuel, de la confrontation, d’une co-éducation exigeante et construite entre tous.

 

 

Jérome Voisin, intervenant en Thérapie Sociale TST