Relation d’aide : vers l’intime, ses opportunités et ses risques (2/3)

 

 

La relation d’aide implique de réduire « à juste rythme» ce no man’s land induit par la distance sociale de départ (voir article 1 « Relation d’aide : quelle distance professionnelle ? ») entre le professionnel et le bénéficiaire de l’aide. Cette relation d’aide se réalise soit en vue d’évoquer la part personnelle voire intime de l’aidé afin de mieux le comprendre et ainsi lui proposer un soutien approprié (travail socio-éducatif ; psychothérapeutique); soit parce que le mandat ou la situation exigent d’investiguer et de prendre en charge le corps, l’esprit ou la réalité de l’autre, dans ses dimensions personnelle et intime (médical, paramédical, handicap, vieillissement, judiciaire).

 

L’environnement dans lequel se réalise la relation d’aide, le cadre de l’intervention, la force du mandat (médical, judiciaire,…) sont à cet endroit plus ou moins soutenants. Ils peuvent renforcer la légitimité de l’aidant (milieu hospitalier, cabinet de médecin ou de thérapeute, bureau du travailleur social) ou à l’inverse réduire celle-ci (intervention socio-éducative en milieu ordinaire du type « éducateur de rue », maraude…).

En fait, plus le cadre de l’intervention est faible, plus la légitimité de l’aidant s’exercera par sa capacité à nouer et renforcer la relation.

Et plus l’aidé est soupçonneux ou hostile, plus la légitimité de l’aidant s’exercera par sa capacité à également nouer et renforcer la relation.

Il est donc opportun et nécessaire pour nous tous d’apprendre à créer ou renforcer des relations d’aide avec le plus grand nombre et dans des environnements insuffisamment soutenants.

S’engager dans ce chemin c’est également reconnaitre que cette exigence d’aller, de façon répétée, dans les registres personnel et intime de l’autre, des autres, peut contenir une part violente pour l’aidant. C’est aussi reconnaitre la fragile situation de l’aidé. L’injonction à se montrer, de façon répétée parfois, dans son personnel et son intime n’en est pas moins violente.

 

Ainsi, nous observons des soignants, des aidants qui exercent dans l’intime du contact et parlent fort (comme si distance sociale), ou produisent l’aide technique en rapport avec les besoins de l’aidé mais s’abstiennent de la relation (besoin de distance sociale). Plus subtilement, un travailleur social peut avoir créé une relation permettant à l’aidé de partager son intime et au moment où celui-ci s’évoque, se protéger derrière des propos généralistes et théoriques. Nous constatons également des aidés qui « s’extraient d’eux-mêmes », fuient du regard ou se crispent lors de l’intervention de l’aidant sur leur corps ou dans le cadre de relations d’aide contrainte. A cet endroit, l’aide peut malgré tout avoir lieu. Pour autant, la relation d’aide n’est pas encore suffisamment à l’œuvre. Il y a alors des violences subtiles qui se réalisent, empêchant de construire une meilleure coopération entre l’aidant et l’aidé, condition de l’empathie, du partage d’informations et d’une aide correspondant à la réalité.

 

Hall précise dans son approche de la proxémie (« distance physique qui s'établit entre des personnes prises dans une interaction » in La dimension cachée, Paris, Points, 1978), les circonstances habituelles de la distance intime :

Le soutien, la protection. Vitaux dans la petite enfance et essentiels tout au long de la vie.

L’érotisation, la sexualité.

La violence ; corps à corps destructeur.

 

Et puisque la relation d’aide convoque le personnel et l’intime de l’aidé, nous pourrions observer que ces trois dimensions peuvent y être mobilisées.

En fait, arrêtons nous déjà sur cette première dimension de soutien et de protection : c’est bien elle qui est fondatrice, moteur et visée de la relation d’aide. L’aidé a alors besoin d’un aidant « suffisamment bon », par analogie à la « mère suffisamment bonne » de Winicott. Cet aidant aura à produire une aide certes, mais en garantissant une relation qui prenne suffisamment en compte les besoins de l’aidé en terme d’amour, de lien chaleureux ; de reconnaissance, de valorisation ; et de sécurité. Il s’agit de développer alors un lien cadré et cadrant, suffisamment chaleureux, humanisant, ne stigmatisant pas l’aidé dans ses fragilités ou monstruosités, et garantissant l’absence ou la limitation de violences entre les protagonistes.

 

Sur ses besoins, l’aidé peut être manipulé par ses défenses habituelles, ses blessures et souffrances, par ce qu’il se représente de l’aidant et de l’environnement dans lequel se réalise cette aide, par l’image qu’il a de lui et la considération qu’il s’accorde dans sa part fragile et insuffisante.

Et sur ces besoins auxquelles il est sensé porter attention et même nourrir, l’aidant peut être également manipulé par ses propres besoins (qu’il peut méconnaitre ou ignorer), ses défenses habituelles, ses blessures et souffrances, par ce qu’il se représente de l’aidé, de l’environnement dans lequel se réalise cette aide, de son mandat, de ses compétences, par l’image qu’il a de lui et la considération qu’il s’accorde dans sa part fragile et insuffisante.

 

En fait, l’aidant que je suis, doit pouvoir vérifier et travailler à partir de questions telles que : de quels soutien et protection je bénéficie aujourd’hui ? Quelle considération ai-je pour eux ? Comment ai-je été soutenu ou secouru dans mon histoire ? À quel propos ? Qu’est ce qui m’a manqué ? Comment, dans quelles circonstances je reproduis ce que j’ai connu pour moi-même ?

 

 

Jérome Voisin

Intervenant en Thérapie Sociale